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Les agences catholiques dénoncent l’exploitation des autochtones tanzaniens par des projets «douteux» de crédits carbone

L'organisation faîtière des agences catholiques de développement en Europe et en Amérique du Nord appelle à un arrêt immédiat des projets de crédits carbone sur les sols mis en œuvre parmi les Maasaï du nord de la Tanzanie, après des processus jugés « douteux ».

Dans une déclaration partagée avec ACI Afrique, la Coopération Internationale pour le Développement et la Solidarité (CIDSE) fait référence à une nouvelle étude publiée par la Maasai International Solidarity Alliance (MISA), dont les membres incluent la CIDSE, l'organisation caritative des évêques catholiques allemands, Misereor, l’Internationale Zusammenarbeit & Weltkirche (KOO) et son membre Welthaus.

Publiée le mardi 11 mars, l’étude met en lumière les impacts potentiellement négatifs des crédits carbone sur les communautés pastorales maasaï. Elle examine deux grands projets de crédits carbone sur les sols : le Longido and Monduli Rangelands Carbon Project (LMRCP) et le Resilient Tarangire Ecosystem Project (RTEP), qui ciblent plusieurs districts du nord de la Tanzanie.

La CIDSE s’inquiète des pressions exercées sur les communautés maasaï pour les inciter à entrer dans le marché du carbone, soulevant d’importantes préoccupations éthiques et juridiques quant à l’absence de leur consentement libre, préalable et éclairé.

« L’étude documente les impacts attendus de deux projets de crédits carbone à grande échelle sur les terres maasaï, révélant de nombreuses irrégularités alarmantes. Celles-ci incluent des paiements anticipés douteux à des villages locaux, des contrats opaques et inéquitables, ainsi qu’un mépris des normes internationales en matière de droits humains, notamment en ce qui concerne le consentement des communautés locales », indique la CIDSE dans sa déclaration du 11 mars.

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L’organisation ajoute : « L’étude souligne l’urgence d’une responsabilisation gouvernementale et du développement de cadres internationaux et nationaux pour réguler les marchés volontaires du carbone, afin qu’ils ne portent pas atteinte aux droits des peuples autochtones. »

Selon l’étude de la MISA, la plupart des Maasaï interrogés ne possèdent pas les connaissances nécessaires sur les marchés du carbone, les termes des contrats et les conséquences à long terme de ces accords.

Les personnes interrogées expriment en outre leur crainte de perdre le contrôle de leurs terres de pâturage traditionnelles.

« Ces contrats carbone empêcheront les Maasaï de partager les zones stratégiques essentielles à leur survie en période de sécheresse et interféreront avec leurs techniques ancestrales de gestion durable des terres, qui sont vitales pour leur existence », souligne la CIDSE.

L’organisation précise que les routes de transhumance maasaï sont basées sur la disponibilité saisonnière de l’eau et les schémas migratoires du bétail. Ces pratiques, note la CIDSE, sont non seulement centrales pour l’identité culturelle maasaï, mais elles contribuent aussi à la conservation et à la résilience des terres arides.

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Elle s’inquiète du fait que, dans le cadre des nouveaux projets de compensation carbone, l’utilisation des terres maasaï est subordonnée au stockage du carbone, avec des contrats prévus pour une durée totale de 40 ans.

Dans la déclaration partagée avec ACI Afrique, la directrice de KOO, Anja Appel, estime que « la décision des grandes entreprises de respecter leurs engagements de neutralité carbone ou de réduire leurs émissions produit des résultats très contestables. »

Elle ajoute : « En tant qu’organisations catholiques, nous sommes engagés pour la justice climatique, ce qui signifie répondre aux défis écologiques par des solutions justes et équilibrées sur le plan social. »

« Pour nous, il est donc impératif que la politique climatique soit fondée sur les droits humains. Surtout en matière de responsabilité des entreprises et d’action climatique, les décideurs politiques doivent tenir bon. Tout recul serait désastreux pour la protection du climat », poursuit Mme Appel.

Les deux projets de compensation carbone examinés dans l’étude sont en concurrence directe, ciblant les mêmes terres maasaï.

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Leur objectif, selon l’étude, est de modifier les pratiques de pâturage pour augmenter le stockage du carbone dans le sol, générant ainsi des crédits carbone destinés aux entreprises souhaitant compenser leurs émissions.

Couvrant un million d’hectares, le LMRCP est mis en œuvre par Soils for the Future Tanzania Ltd (SftFTZ) et financé par Volkswagen ClimatePartners. Le RTEP, quant à lui, est géré par The Nature Conservancy (TNC).

Les projets de crédits carbone ne menacent pas seulement les Maasaï, avertit Emmanuel Yap, responsable des politiques alimentaires et foncières de la CIDSE. Il souligne que ces projets représentent également « une menace majeure pour de nombreux peuples autochtones et communautés locales à travers le monde, alors que les grandes entreprises continuent de ne pas assumer leurs responsabilités dans la réduction effective de leurs propres émissions de carbone. »

Les discussions entre Volkswagen ClimatePartner et les représentants maasaï sur la protection de leurs droits et intérêts n’ont guère progressé, affirme la CIDSE, précisant que malgré les fortes préoccupations exprimées par les Maasaï, Volkswagen n’a pas encore fourni de réponses substantielles.

« Les entreprises ne doivent pas seulement prendre des engagements en matière de durabilité, mais aussi assumer activement la responsabilité des défis que leurs projets créent », affirme Selina Wiredu, responsable des politiques africaines chez Misereor.

Elle ajoute : « Nous exigeons que les entreprises allemandes, comme Volkswagen, garantissent que leurs efforts en matière de durabilité ne se fassent pas au détriment des droits humains. Cela signifie garantir le consentement libre, préalable et éclairé (FPIC), éviter tout impact négatif sur la sécurité alimentaire et les moyens de subsistance, et impliquer de manière transparente les communautés locales dès la planification des projets. »

Agnes Aineah